- Qu'entend-on par ingénierie territoriale?
A cette origine très scientifique, depuis quelques années et dans un mouvement général d'engouement pour la notion de territoire, a été accolé au terme d'ingénierie l'adjectif « territoriale ». Que veut alors dire ce nouveau terme d'ingénierie territoriale ?
Plusieurs conceptions sont présentes. D'un côté, la fonction publique territoriale pose que l'ingénierie territoriale désigne l'ensemble des compétences et des savoir-faire dont les collectivités territoriales ont besoin pour mener leurs missions. On retrouve dans la définition proposée par la DIACT (2003), la même idée de « compétences nécessaires aux collectivités territoriales ». La DIACT ouvre cependant la notion aux besoins des acteurs locaux en précisant le champ d'investigation : le développement territorial. Cela donne comme définition : « ensemble des savoir-faire professionnels dont ont besoin les collectivités publiques et les acteurs locaux pour conduire le développement territorial ou l’aménagement durable des territoires ». Cette définition se trouve complétée par « ensemble des concepts, outils et dispositifs mis à la disposition des acteurs du territoire pour accompagner la conception, la réalisation et l’évaluation de leurs projets de territoire. » (DIACT cité par LANDEL P.A., 2006). Une dernière conception de ce concept, quelque peu différente de ces définitions très institutionnelles, nous est fournie par Janin et Grasset (2009, p14). Pour ces auteurs, l'ingénierie territoriale est « la production, mobilisation, mutualisation de connaissances pour aider les acteurs dans la compréhension de leur territoire et les aider dans l’action et la décision ». Cette définition nous fait écho quant aux questions posées par l'APEM notamment en ce qui concerne la mutualisation d'informations à l'échelle du massif pyrénéen.
A la suite de Janin et Grasset (2009), il semble intéressant de creuser les interrelations entre ingénierie et dynamiques de développement territorial. Ces auteurs identifient deux formes (structurelle ou spécialisée) et trois figures de cette ingénierie (ingénierie d’action, ingénierie de projet ou ingénierie organisationnelle). Je me pose la question de l'utilisation de ces formes et figures pour caractériser l'ingénierie territoriale pyrénéenne.
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Ingénierie
2 http://www.techno-science.net/?onglet=glossaire&definition=734
- Les agents de développement sur le massif
Sur les Pyrénées, on trouve des agents de développement à différents niveaux territoriaux (communauté de communes, pays, régions…) et dans différents types de structures (collectivités, consulaires, associations…).
En ce qui concerne les structures administratives, on trouve, dans les Conseils régionaux, des chargés de mission « montagne » en Midi Pyrénées et Languedoc Roussillon, qui sont chargés d’instruire la Convention interrrégionale de massif. Dans les départements, les appellations sont variables mais tous ont des agents sur la problématique du développement, que l'on peut repérer par les intitulés des services de développement local ou territorial. Pour les communautés de communes, la prise en compte du développement local est conditionnée à la taille et aux ressources de ces dernières. Peu d'agents ont un intitulé de poste « agent de développement local ».
Au niveau de l’Etat, on retrouve le commissariat de massif des Pyrénées. Il est constitué : d’un commissaire de massif ; d’un adjoint au commissaire de massif chargé de l’agriculture et de la forêt ; d’un chargé de mission tourisme, formation et coopération transfrontalière ; d’une chargée de mission « fonds européens » et de deux secrétaires. On retrouve également tous les services de l’Etat au niveau régional et départemental. Le contexte actuel de fusion entre administrations rend aujourd’hui la lecture difficile, en termes d’ingénierie, de ces services dédiés à l’aménagement du territoire.
Concernant les structures consulaires, les chambres d’agriculture s’orientent, pour la plupart, vers des activités de développement territorial. On peut illustrer ce propos par un rapide survol des organigrammes de ces structures. Dans les Pyrénées Atlantiques on trouve un pôle « développement durable et territorial », dans les Hautes Pyrénées c’est une unité « aménagement », en Haute Garonne, un pôle élevage/aménagement/agritourisme, en Ariège et dans l’Aude, un service « territoires » et dans les Pyrénées Orientales, un pôle « territoires ».
L’ingénierie territoriale pyrénéenne est souvent décrite comme l’ingénierie du réseau Pyrénées. Celle-ci n’en est en faite qu’une partie.
Pour plus de détails sur le réseau Pyrénées, voir le site internet www.reseaupyrenees.net.
Passons maintenant aux territoires de projets issus de politiques publiques : Leader, pays, pôles touristiques, PNR …
Les équipes pays sur le massif constituent un minimum de 40 chargés de mission. Les agents des pays ayant deux ou trois salariés ont des missions généralistes du type coordinateur/animateur, chef de projet. Certains développent tout de même une spécificité (une chargée de mission tourisme au pays vallée des Gaves, une chargée de mission environnement/agriculture/économie solidaire au pays des Nestes). Les équipes plus fournies, qui représentent 4 pays sur les 14 pays pyrénéens, permettent d’embaucher sur des profils de poste plus variés : culture-patrimoine, énergie, tourisme, emploi-formation…Une des raisons principales de cette forte disparité tient aux relations avec les intercommunalités. En effet, sur les territoires de pays où les intercommunalités ont une compétence en développement local avec un chargé de mission, l’équipe pays est restreinte et l’organisation de l’ingénierie se fait en réseau (ex des Vallées des Gaves).
L'ingénierie mobilisée par les projets Leader est très variable. Sur 10 projets Leader dans la zone massif, la majorité des postes sont des chargés de mission intégrés aux équipes des pays portant les projets. L’Ariège se différencie par une animation regroupant les territoires géographiques de trois pays. Ces postes d’animation peuvent être complétés par des postes de gestionnaire, par exemple au sein d’un syndicat mixte (SMDRA Vallée des Gaves) ou au sein d’un conseil général (comme dans les Pyrénées Atlantiques). Il existe une forte différence entre les GAL ayant déjà fait l'objet de contrats Leader par le passé et les nouveaux territoires Leader (Agly, Haute Bigorre, Oloron Haut Béarn). En juin 2009, les nouveaux GAL s’organisent : recrutement de l’animateur pour Oloron Haut Béarn, signature de la convention pour la Haute Bigorre, …
Les deux parcs naturels régionaux mobilisent respectivement 11 chargés de mission pour le PNR Pyrénées Catalanes et 6 chargés de mission pour le PNR Pyrénées Ariégeoises. Il est aujourd’hui difficile de comparer les postes occupés par ces chargés de mission, le PNR Pyrénées Ariégeoises étant en pleine structuration du fait de sa labellisation récente (mai 2009).
Les pôles touristiques sont issus d’une politique spécifique au massif pyrénéen. En 2009 a été lancée la deuxième génération de ces pôles. Dans un premier temps (2002-2008, 12 pôles étaient alors contractualisés en Midi Pyrénées), ils ont été constitués autour d'un projet de développement et de coordination des acteurs du tourisme autour des stations pyrénéennes. Dans la deuxième génération, des territoires sans station ont également été retenus (Pôle touristique de la montagne basque, Pôle touristique du Canigou par exemple), ce qui porte aujourd'hui le nombre de pôles à 19 sur la chaîne pyrénéenne. Les animateurs des pôles touristiques pyrénéens se répartissent comme suit en septembre 2009: 9 animateurs dans des communautés de communes, 4 dans des syndicats intercommunaux, 2 dans des pays, 1 dans un PNR, 1 dans une commune, 1 équipe d'un EPCI et 1 pôle n'a pas, à l'heure actuelle, embauché pour son animation.
La construction d’un système d’animation du territoire partagé entre agents du réseau Pyrénées, agents de l'Etat, agents consulaires, agents territoriaux (intercommunalité et pays) reste à faire. L’enjeu consiste aujourd’hui à clarifier les systèmes de compétences présents sur le massif. Il faut pour cela, après avoir identifié les acteurs en présence, s'attaquer aux formes et sources d’expertise en lien avec les missions de développement de chacun. Ceci pour pouvoir organiser la répartition de ces compétences afin d’améliorer la capacité d’innovation du territoire pyrénéen.
